Présentation

Pascal Tessaud, jeune cinéaste autodidacte, auteur de plusieurs courts métrages et de documentaires sur la culture et la musique urbaine.
Entre 2006 et 2008, son documentaire Slam ce qui nous brûle a été en grande partie tourné en collaboration avec les artistes de la scène du Café Culturel.
De 2009 et 2010, il a animé en partenariat avec le Café Culturel les soirées Ciné-Slam au TGP à Saint-Denis mettant à l’honneur des courts-métrages, rencontres en présence des réalisateurs et slam-concerts avec les artistes phares du mouvement : Milk Coffee & Sugar, Dgiz…
Cette collaboration avec le réalisateur s’est poursuivie sur la réalisation de son dernier long métrage Brooklyn, essentiellement tourné à Saint-Denis en 2013. Le Café Culturel a particulièrement participé au casting, aux répétitions, et à l’organisation de show cases musicaux autour des projections du film (Sélection de l’ACID Cannes 2014, Fête de Saint-Denis 2014, Festival Cinébanlieue 2014…).

Liens

Pascal Tessaud, rap, ce qui le brûle

Même quand Pascal Tessaud donne rendez-vous à Paris, où il finit le montage de son dernier film, c’est encore à la Porte Saint-Denis, dans le 10e arrondissement. La cité dionysienne, où il habite, n’est jamais très loin de toute façon : il y a tourné l’essentiel de son long métrage, Brooklyn, film musical auquel il apporte la dernière touche. Longtemps avant de découvrir Saint-Denis, Pascal Tessaud l’avait idéalisée comme berceau du rap français, foyer de NTM, qu’il écoutait en boucle. Une manière de fuir la ville des Yvelines où il a grandi : « Une ville d’Apartheid social, où il n’y a rien pour la jeunesse. » Heureusement il y a le hip-hop. « Je me souviens encore : j’ai 14 ans, je vois un type sur un scooter, avec un ghetto blaster qui balance Public Enemy à fond la caisse sur le parvis du collège. Un son apocalyptique ! J’ai pris un coup d’électricité ! Je suis passé, du Top 50 de l’époque, au rap »

Culture hip hop

Les K7 circulent, diffusent la crème des années 90 : Run DMC, Beastie Boys, NWA, Gang Starr… Puis c’est la fac de lettres, à Nanterre. Là-bas, la cinéphilie lui donne une autre décharge : « Je voulais tout voir, tout comprendre. » Il a envie de tourner, apprend sur le tas. Pour France Culture, il produit des docus sonores. Multiplie les courts-métrages. En parallèle,il est animateur, participe à la programmation de soirées courts métrages pour le Café Culturel de Saint-Denis. En 2007, il réalise Slam, ce qui nous brûle. Un beau succès. Il fait aussi des clips. « J’en ai tourné deux, pour des potes, avec des appareils photo. Quand j’ai vu le rendu, je me suis dit qu’on pouvait faire un long avec ce matériel. » C’est que, avec l’avènement du numérique, les coûts de production ont chuté. En Afrique, en Amérique latine, où l’argent manque, les films sont faits avec des appareils photo. Le phénomène arrive en France, en marge de l’industrie. « Mais c’est une fausse démocratisation, tempère-t-il. Aujourd’hui le problème s’est reporté sur la diffusion. On est noyé dans la masse, les festivals reçoivent des tonnes de films. » Tout de même, des œuvres peuvent exister, des voix se font entendre en dehors de l’establishment : Djinn Carrénard, Rachid Djaïdani, Kamal El Mahouti… « Des braquages artistiques ! »

Transmission d’un patrimoine

L’émulation est là. Pascal Tessaud se lance à son tour, sans attendre un hypothétique producteur. Réunit ses économies, ses amis : au total, ce sont 40 personnes de Saint-Denis qui participent à son projet. « Je n’avais pas envie de passer cinq ans à arrondir les angles, prendre des acteurs que j’aime pas… À l’opposé, j’ai pris des fils d’immigrés, jeunes, inconnus. Pour montrer autre chose de la France que ce qu’on veut bien en montrer dans de petites comédies adultérines et littéraires », lance-t-il, moqueur. Il ajoute : « Je viens d’un milieu ouvrier. Un de mes grands-pères a travaillé en usine à la Plaine. Faire du ciné quand tu viens de ces milieux-là, c’est pas évident. Je suis sensible à la transmission d’un patrimoine issu du prolétariat. Pourtant on a du mal à pérenniser la culture populaire en banlieue. » C’est pour ça qu’il a rejoint le collectif d’inspiration hip-hop de Saint-Denis, pour lequel il a réalisé un film de présentation. Il dit encore, avant de retrouver sa table de montage : « On entend souvent que le rap est un truc sectaire, qui renferme… Moi, ça m’a ouvert à plein de choses : la lecture, la politique… Mon film, Brooklyn, c’est une manière de rendre hommage à ces artistes, ces passeurs. »

Portrait de Sébastien Banse
Publié dans le JSD  en mars 2014