Présentation

Issu de la culture hip hop, Hervé Sika nourrit sa danse d’autres influences au gré de ses rencontres et collaborations artistiques.

Au fil du temps, il développe le « Mood », une gestuelle fluide guidée par l’envie de communiquer une sensation à partir de rien et d’aller vers l’autre en utilisant ce que l’on est.

Hervé Sika, danseur d’aujourd’hui

De ses premiers pas dans les rues de Tremblay à la chorégraphie de spectacle à l’académie Fratellini ou au TGP, ce matheux n’a de cesse de laisser parler le langage du corps.

« Pour moi, la danse c’est une vraie liberté ! » Il parle aussi de partage, de rencontres, de transmission.Hervé Sika, danseur et chorégraphe, a grandi dans la culture hip-hop. Il raconte ses premiers pas au début des années 1990, à Tremblay-en-France. « On dansait sur un carton posé à même le sol. Ça voulait dire on est là, on existe, on prend ce bout de territoire. Les gens nous regardaient, c’était valorisant. » Il se souvient de ses premiers battle, vécus non comme des confrontations mais bien des échanges, une émulation entre danseurs.

Après le bac, parallèlement à des études de maths (il a une maîtrise), il donne des cours de danse, pour cela étudie la pédagogie, adapte ce qu’il lit à ce qu’il veut faire. Il participe au dispositif Défi Jeunes, est petit à petit reconnu localement, puis nationalement, est invité enfin à Montréal. « C’est comme ça que c’est parti. »

C’est à cette époque qu’il fonde sa compagnie, Mood RV6K et qu’il écrit son premier spectacle,Sens à sons au sol. Il rencontre Saint-Denis d’abord en donnant des cours à la maison de quartier Plaine, puis à la faveur d’un travail avec le metteur en scène Mohamed Rouabhi qui crée en 2008 au TGP Vive la France, dont Hervé signe la chorégraphie. « Et, avec le TGP, nous avons mis en place un atelier participatif, Chantiers de France, où l’on parlait de sensations, de corps. » Pour Hervé, le hip-hop n’est jamais figé. « Il évolue tout le temps, il est à la fois nos racines et notre chemin vers le futur. »

Autre rencontre importante, alors qu’il participe aux Bricoleurs d’avenir à La Villette, avec le Café Culturel et sa Fabrique de Macadam. Il y participera à quatre reprises, dont la dernière, l’an dernier sur le parvis de la gare. Il aime avant tout apporter un savoir-faire aux jeunes à travers les ateliers qu’il a montés pour l’occasion. Enfin, alors qu’il est en résidence à La Courneuve, il rencontre l’univers du cirque avec l’académie Fratellini. « Valérie Fratellini m’a demandé de travailler avec deux apprentis. » Ce furent Aloïse Sauvage et Edwin Condette, avec qui aujourd’hui il présente Reste encore un peu aux Impromptus de l’académie et Être chocolat à l’automne 2012 avec les apprentis de 1re année. « J’ai voulu leur montrer qu’il n’y avait pas que les agrès. Ils ont un corps qui danse, qui respire, des sensations, des choses à raconter. »

Hervé Sika ne manque pas de projets, notamment dionysiens. Il doit mettre en piste le prochain spectacle de Noël de l’académie Fratellini, va à nouveau travailler avec Mohamed Rouabhi au TGP pour un spectacle prévu en janvier 2014, met en route un projet avec le Café culturel et lance un spectacle avec sa compagnie, Les Herbes folles, annoncé pour l’automne 2014. « Le corps naît de toutes ses expériences, il est comme une fleur qui pousse sur le béton… », dit-il joliment.

De Tremblay à Saint-Denis en passant par La Courneuve, Hervé a trouvé sa terre d’éclosion, nourrie par le monde. « Saint-Denis m’évoque un port, comme New York. C’est riche, c’est le vrai quartier de Paris. Il y a ici quelque chose de l’ordre de l’agora : on peut s’exprimer, être entendu. Les choses bougent à la vitesse humaine. Un resto s’installe, puis ferme, un autre s’ouvre… » Les pieds, légers, le corps plein d’énergie, ses envies et ses espoirs en tête, Hervé Sika est un artiste d’aujourd’hui. Du monde et d’ici.

Portrait de Benoit Lagarrigue
Publié sur le JSD en mai 2013